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RELIRES03

« Il n’y a peut-être pas de jours de notre enfance …. ». C’est Proust. "Sur la lecture". Préface de 1905 pour "Sésame et les Lys". De Ruskin. Lignes délivrées « de leur condition de préface », comme écrivait Nyssen. « Nous sentons très bien que notre sagesse commence où celle de l’auteur finit, et nous voudrions qu’il nous donnât des réponses, quand tout ce qu’il peut faire est de nous donner des désirs. »

Sur la lecture … « Tant que la lecture est pour nous l’initiatrice dont les clefs magiques nous ouvrent au fond de nous-mêmes la porte des demeures où nous n’aurions pas su pénétrer, … » Marcel P. y voyait une incitation. A contrario, substituée à la vie personnelle de l’esprit, il la trouvait dangereuse : « déguster (…) passivement ». Et : « La Recherche  est rythmée, non pas simplement par les apports ou sédiments de la mémoire, mais par des séries de déceptions discontinues, et aussi par les moyens mis en œuvre pour les surmonter dans chaque série. » Là, c’est Deleuze, Proust et les signes, chapitre intitulé L’apprentissage. : « Car chacune de nos impressions a deux côtés : "A demi engainée dans l’objet, prolongée en nous-même par une autre moitié que seul nous pourrions connaître" (. Chaque signe a deux moitiés : il désigne un objet, il signifie quelque chose de différent. Le côté objectif, c’est le côté du plaisir, de la jouissance immédiate et de la pratique. Nous engageant dans cette voie, nous avons déjà sacrifié le côté « vérité ». Nous reconnaissons les choses, mais nous ne les connaissons jamais. Ce que le signe signifie, nous le confondons avec l’être ou l’objet qu’il désigne. Nous passons à côté des plus belles rencontres, nous nous dérobons aux impératifs qui en émanent : à l’approfondissement des rencontres, nous avons préféré la facilité des récognitions. Et lorsque nous éprouvons le plaisir d’une impression, comme la splendeur d’un signe, nous ne savons dire autre chose que "zut, zut, zut" ou , ce qui revient au même, "bravo, bravo" : toutes expressions qui manifestent notre hommage à l’objet. » C’est la mémoire volontaire : « qui se souvient des choses et non des signes. » Mais lire aussi entre les lignes, c’est en quelque sorte, via les blancs qui espacent, passer sous la lecture, percer la couche reconnaissable, outrepasser le crible du code, et accéder aux dessous du motif d’écrire, dans le côté qui signifie : « … ce qui est enveloppé dans le signe est plus profond que toutes les significations explicites. » Surmonter les déceptions serait sonder ce qui est écrit dans ce qui est lu, et mieux, ce qui écrit dans ce qui lit. Nécessité de la citation, encore : « La déception est un moment fondamental de la recherche ou de l’apprentissage : dans chaque domaine de signes, nous sommes déçus quand l’objet ne nous donne pas le secret que nous attendions. Et la déception est elle-même pluraliste, variable suivant chaque ligne. Il y a peu de choses qui ne soient décevantes la première fois où nous les voyons. Car la première fois, c’est la fois de l’inexpérience, nous ne sommes pas encore capables de distinguer le signe et l’objet, l’objet s’interpose et brouille les signes. (…) Chaque ligne d’apprentissage passe par ces deux moments : la déception fournie par une tentative d’interprétation objective, puis la tentative de remédier à cette déception par une interprétation subjective, où nous reconstruisons des ensembles associatifs. Ainsi en amour, et même en art. (…) Tout est permis dans l’exercice des associations. » Et au-delà, ou plutôt en-deçà des pièges de l’objet et des filets de la subjectivité, sont les essences, que l’art, car les signes de l'art sont immatériels, nous apprend à détecter comme déjà là

A suivre …

RB