Atelier d'espace urbain

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« Technique du contre-projet », ça sonne un peu comme « Technique du coup d’état », de Curzio Malaparte, mais il s’agit moins ici d’insurrection que de liberté d’action. Cette approche « d’encontre » ne colle pas à la political correctness ambiante. Elle indique plutôt la formulation d’un projet opposé à un autre, qui lui préexiste, ou d'une proposition démarquée. Il ne s’agit pas de contrecarrer une procédure en cours, mais de faire retour sur une situation et d’en formuler les enjeux a posteriori afin de la prendre pour objet de spéculation, d’abord in abstracto, ensuite de manière plus concrète.

L’art public, catégorie fourre-tout, est tributaire dans les pays occidentaux d’un lourd passé dix-neuviémiste régi par des concepts comme le tracé des villes, l’embellissement, la statuomanie ou le décorum architectural. Avec l’autonomisation des œuvres sculpturales et picturales ou apparentées (vitraux, mosaïques, céramiques, …), les significations se sont dissoutes dans un embrouillamini où bien peu s’y retrouvent. Et pourtant, les œuvres sont là, dans le quotidien. Des débats restés dans les annales ont ponctué de quelques remous l’évolution lente des idées en la matière dans une ville comme Bruxelles : l’art appliqué à la rue à l’époque de Charles Buls, la transition entre arts décoratifs modernes et art moderne sur fond de Rappel à l’Ordre, la Loi Mazereel avortée, l’après 68, l’art dans le métro, … Les expositions universelles ont rebattu des cartes, rien qu’à Bruxelles en 1897, 1910, 1935 et 1958, et la fragmentation des niveaux de pouvoir a multiplié les instances « compétentes », si bien qu’une logique additive en proie aux délices de l’anachronisme et du pluralisme a conduit à un saupoudrage représentatif de non politiques, de dizaines de tendances et d’autant de potentiels ± locaux, dont l’archéologie serait celle du disparate. Beaucoup d’artistes, en accédant à la commande publique, ont décroché du travail et se sont vus confirmés dans leur aura momentanée, avec incidence sur leur cote. Toutes ces œuvres, même les plus discutables, sans exception, sont les effets induits de contextes, de situations et d’agencements restés intéressants, mais une minorité garde un attrait net, lisible, en phase avec les époques successives. La plupart se sont sinon fondues, du moins amalgamées à divers espaces, parfois avec effets de surenchère, parfois même avec quelque polémique à la clef, très souvent dans l’indifférence générale, ou pire, dans l’approbation officielle par principe. Ce qui a ainsi été accumulé dans le district européen — sauf exception, par exemple Peter Vermeersch — est affligeant, voire carrément débile. Sans entrer dans les détails, car le processus « A0 – Contre-projet d’art public » (B3) y reviendra, il faut souligner le fait que la complexité lacunaire de cette production, disons depuis un siècle, est malaisée à appréhender dans son ensemble ou même par séquences, tant est variable l’intérêt des œuvres — souvent mises en place en dépit du bon sens. Il faut aussi noter un effet retard qui ajoute à la cacophonie disséminée : les aménagements ou ensembles bâtis publics sont souvent étalés sur plusieurs années, parfois des décennies, et les choix d’artistes en sont tributaires, de même que les consensus des commissions, comités et autres groupes d’experts. Cela dit, certains monuments déjà anciens sont parfois propulsés dans l’actualité (le Léopold II de Vinçotte), ou de l’événementiel peut durer (Céri Samba, Arne Quinze, Luc Deleu). À quoi s’ajoutent les dispositions réglementaires qu’on applique tant bien que mal, quand on les applique. Bref, c’est un peu le bazar mais attention aux amalgames, car des choses intéressantes continuent de se faire, plus ou moins spectaculaires, avec ou sans réelle concertation, souvent selon des traditions rendues obligatoires (Muralisme BD), dans l’illicite plébiscité (Bonom, Street Art) ou dans l’institutionnel alternatif (Nouveaux commanditaires). Impossible donc de spéculer sur l’art public en général, ce qui conduit à l’aborder ici via des études de cas, et plus précisément au travers d’une approche aussi documentée, critique, que libre : c’est le principe du contre-projet d’art public, lié au diplôme du premier cycle. Suivant un protocole précis, l’étude d’une contre-proposition à tel ou tel cas particulier conduit à passer en revue tout ce qui intervient dans la genèse d’une œuvre d’art public, des démarches préalables à la commande jusqu’à la disparition, la restauration, le déplacement, parfois la restitution d’une œuvre (Calder, Moeschal). C’est en tout cas une manière d’actualiser radicalement tel ou tel cas de figure, en le rechargeant d’autres contenus et d’autres connexions.