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CARTOGRAPHIX02

Dans le cadre du cours de Marie-Cécile Guyaux, un exercice de type cartographique est demandé au terme des sessions de visites actives. Raymond Balau donnera un cours spécifique "anatopix" le 28 février 2017. Présentation aux JPO.

L'Empire des cartes, le bel ouvrage de Christian Jacob, se trouve donc à la bibliothèque de La Cambre. La devanture de la librairie Peinture Fraîche comporte en ce moment une section dévolue à des ouvrages qui explorent les imaginaires cartographiques, en particulier dans les champs pluriels des productions d'artistes. Une sorte d'évidence devrait conduire à examiner les cartes produites et vendues par l'IGN-NGI sur le site de l'Abbaye de La Cambre, et bien sûr au site en ligne. Il paraît que la carte de Belgique au 1/10000, qui a demandé 18 ans de travail, ne sera pas mise à jour, la photographie s'y substituant. Cela rappelle cette histoire incensée, rapportée par un ancien directeur de l'IGN-NGI, qui évoquait la carte de la Belgique en quatre passages lithographiques, c'est-à-dire quatre fois le nombre de pierres lithographiques qui, juxtaposées, formaient l'ensemble du territoire national, carte devenue obsolète et dont on a retrouvé des fragments dans des réparations de murs de l'abbaye ou sous forme de bordures de jardin dans les résidences du personnel. Si ! Pour mettre du beurre dans les épinards, beaucoup d'artistes de l'époque ont travaillé à ces cartes, pour y inscrire des trames, des tracés ou la toponymie. En parcourant un article comme celui de Gilles A. Tiberghien, Poétique et rhétorique de la carte dans l’art contemporaindoté d'une intéressante bibliographie, on s'aperçoit de la diversité des formes et surtout des postures adoptées à différentes époques par différents artistes. Spécialiste du land art, Gilles A. Tiberghien est bien placé pour savoir qu'il n'y a désormais plus de territoires sans cartes ni de cartes sans territoires, fussent-ils ± réels ou ± virtuels, dans la mesure où désormais ... "la carte précède le territoire" (Baudrillard), et ce qu'on appelle "l'obsession des frontières" (Foucher) n'y change rien. Dans cet article encore récent (2010) paru dans L'Espace géographique, Gilles A. Tiberghien souligne le rôle du visible et du lisible dans la carte. "Faire carte", un peu comme Deleuze disait dans l'introduction à Mille plateaux, "l'orchidée qui fait carte avec la guêpe" (p. 20), pousser donc l'expérience du terrain, c'est aussi donner à voir et à lire... à distance d'espace et de temps, parfois pour révéler une trame sous-jacente d'existence physique et mentale, comme les incroyables cartes relevant des "lignes d'erre" de Fernand Deligny et de ses comparses, dont l'expérience est évoquée par Deleuze dans le même texte, "Rhizome", qui en a fasciné plus d'un, comme Edouard Glissant pour sa Péotique du Divers. Toute carte est issue, au plan technique, de procédures qui explorent son inadéquation au référent territorial, même si la part de l'oeil y trouve une mimesis codifiée rassurante, en conduisant à des pratiques aussi abstraites que concrètes, comme le maniement des changements d'échelle dans la compréhension des situations. L'atlas de poche de Marcel Broodthaers, qui faisait à tout casser quatre centimètres de haut, Atlas à l'usage des artistes et des militaires (1975), suffisait à blasonner les signes du pouvoir dans une hypothétique et peut-être utopique égalité de traitement. Car les cartes sont des objets "métastables" qui nous renvoient toujours à d'autres cartes, le mythe de la staabilité des représentations ne se résolvant que dans l'instabilité des territoires, non seulement constatée mais agie. Les cartes ne sont jamais à jour. Les territoires non plus. Cf. Baudrillard. C'est désormais, là aussi, un peu l'histoire de la poule et de l'oeuf. C'est la dynamique, toujours pour suivre Gilles A. Tiberghien, qui est intéressante. Mais la carte n'est pas qu'un "diagramme analogue". Elle est aussi sujette ... à subjectivité sans perdre son statut cartographique ; suffit de penser au mind mapping. Pour l'atlas de Wim Delvoye, qui comporte un planisphère physique, un planisphère politique et quarante et une cartes plus un index, on serait tenté de penser à Boris Vian, dans L'Ecume des jours : "Cette histoire est vraie puisque je l'ai inventée." C'est la force de l'invention, et il faut aussi se souvenir, quant au souci d'exactitude, que dans "inventaire"... il y a "inventer"!

 

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